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Brigitte PENICAUD
Brigitte-PENICAUD-portraitBrigitte Penicaud, amoureuse de la cuisson au bois, a construit deux ateliers avec Claude Varlan et partage aujourd’hui son temps entre le Mexique et la France. Ses œuvres, présentes dans plusieurs musées en France, sont exposées régulièrement en Europe, Hollande, Allemagne mais aussi en Australie et au Mexique.
Elle est membre de l’Académie Internationale de Céramique depuis 2005.


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Toute pensée stylistique et décorative combine les 3 éléments  que Moholy-Nagy analysait  dans ses cours au Bauhaus : la structure comme principe de composition du matériau ; la texture ou « surface qui résulte organiquement de la structure »  et la manière comme apparence et « résultante sensible » du tout, destinée à créer  une « musicalité optique ».

Brigitte Pénicaud  réalise des objets  fonctionnels qui tout en étant objets d’expression sont souvent des éléments indispensables de l’art de la table, mais créés avant tout pour le plaisir des yeux et du toucher et aussi pour le plaisir de la gourmandise.

Elle tourne en décentrant le bord, en déséquilibrant le volume  à la recherche d’une dynamique. Elle accentue creux et bosses et  élargit  le tournage jusqu’aux limites de l’affaissement.

Elle cherche à oublier les contraintes du fonctionnel afin de trouver une plus grande liberté. Elle aime que cela bouge ; ses  bols qu’ils soient tout petits ou grands  ont l’air de danser ; ils sont d’une rare finesse, en grès ou en porcelaine, ….

Elle les biscuite après avoir joué de leurs formes,  et les avoir revêtus  d’engobes de Tournon, ou de porcelaine, de touches de pigments, d’oxydes, de cendres,   de dessins à la « craie » ,  parfois un rouge de cuivre ou un noir tapissent l’intérieur. Depuis ses séjours au Mexique des tons très vifs sont apparus,  alors que l’extérieur  reste  toujours aérien.

La texture chez Brigitte Pénicaud  est toujours picturale tant au niveau de la surface du revêtement que des traits de pinceau dont est revêtue la surface.

Il y a  la manière de se trouver, et la manière de se rejeter hors de la peinture. Le plus souvent très clair, son décor sourd d’une osmose entre la couleur et la matière :  ni réels  motifs floraux, ni calligraphies, parfois presque  un pétale posé comme un papillon,  et si c’est une fleur  ou un  feuillage, il ne sera que suggéré.

Avec sa palette  claire, Brigitte Pénicaud nous donne à voir tout aussi bien des effets de lumière  sur  ses grands plats paysagés  que des variations florales,  d’une touche fine et translucide à la façon d’un glacis.

Elle laisse de larges plages nues permettant au blanc de son engobe de porcelaine d’être une part expressive de son décor. Elle peint par longues touches curvilignes et larges taches de couleurs, jouant sur leur dilution un peu comme à l’aquarelle.

Elle n’utilise aucune ligne pour déterminer des contours ; les lignes de couleurs constituent elles-mêmes des surfaces ; la couleur fait forme en même temps qu’elle fait geste, mais il lui faut attendre le passage par le feu pour révéler et donner vie à ses cendres et oxydes.

Si Brigitte Pénicaud ne revendique aucune influence plus  particulière de tel ou tel artiste, son mode pictural se rapproche de l’expressionnisme abstrait. Toutefois  on ne  peut   s’empêcher de penser devant certaines de ses pièces à la sensibilité de Cy Twombly , à l’énergie de  Willem de Kooning, ou au lyrisme de  Joan Mitchell.

Mais ce qui fait sa singularité c’est probablement son rapport à la musique et au jazz dans la mesure où elle ne cesse de faire des variations formelles et picturales, toujours les mêmes et toujours différentes, qui nous font ressentir une énergie vitale leur donnant naissance et qui produit un rythme  accordant formes et traits de couleurs. Nous pourrions qualifier cette esthétique de production singulière de ligne et de rythme.

Son œuvre quelle que soit sa taille s’efforce de faire surgir de la part du regardeur amateur des affects déstabilisateurs par rapport à la vision usuelle. Elle nous donne accès à  un espace libre, ouvert aux projections mentales de chacun et nous semble parvenir à ce que nous appelons une picturalité musicale.

Françoise de L’Epine,   Paris, 10 avril 2008
Texte pour l’exposition de B. Pénicaud, galerie Capazza, Juillet 2008

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